L'art et la représentation de données

Dernière mise à jour : 13/11/2019

L’art contemporain et la data visualisation partagent de nombreux points communs : le désir de montrer l’invisible, un certain goût pour le minimalisme et le souhait de capter l’attention.

Des artistes du monde entier se sont emparés des données afin de créer d’incroyables œuvres d’art. Ici, il ne s’agit pas de diagrammes circulaires ou de diagrammes en barres mais bel et bien d’œuvres d’arts.

Le big data ouvre le champ des possibles tout en offrant aux artistes la capacité de lier l’esthétique au pratique. La création d’une œuvre grâce aux données puise dans l’abstraction propre à la représentation graphique de données (un diagramme en barres est bien plus qu’une simple succession de rectangles, il y a tout un concept attaché à ces formes).


L'installation

Dans le milieu artistique une installation est une œuvre en trois dimensions qui s’insère dans un environnement (généralement en intérieur) afin de modifier la perception que l’on se fait de l’espace.  L’installation est un medium particulièrement prisé des data artists. Elle impose l’appropriation des données et questionne sur l’espace et le temps. Parmi ces data artist Refik Anadol nous a particulièrement séduit. Ses installations lumineuses constituées de LED, de miroirs et de rétroprojecteurs apportent du mouvement dans ses œuvres abstraites. Il parvient à présenter de façon totalement inattendue des données comme la publication de tweet à San Francisco, l'organisation de l’univers…Dans l’exemple ci-dessous il tente de représenter les corrélations entre les données d’1 700 000 documents issus des archives d’une société. C’est lors d’une résidence au sein du programme Artists and Machine Intelligence de Google que ce projet a pu voir le jour.

La musique

Les datas ont envahi l’industrie musicale depuis longtemps. Elles sont au cœur de l’analyse du marché et ce d’autant plus que l’écoute en streaming est devenue la référence. Les données collectés par Spotify, Deezer, ou Apple Music améliorent de jour en jour l’expérience utilisateur et permettent un ciblage précis des publicités . Par ailleurs, l’étude des données issues de l’industrie musicale et leurs représentations graphiques constituent le socle de nombreux travaux de recherches concernant la prédiction et la création des hits musicaux à venir. Nous en sommes encore aux balbutiements mais il est fort à parier que ces travaux vont forger la création musicale dans quelques années.  Google n’est pas en reste grâce à Magenta. Pour faire simple, Magenta est un projet open source basé sur du machine learning. Après avoir ingéré un grand nombre de données, cette intelligence artificielle est capable de produire de la musique en se basant sur des camaïeux de couleurs et des formes ou encore de créer de toute pièce des partitions musicales. Mais alors une question se pose, quelle relation entretient le musicien et les données ? Il existe des artistes qui effectuent des représentations sonores des données. Brian Foo, un artiste et informaticien New-Yorkais réalise des œuvres sonores hors du commun via son projet : Data-Driven DJ . Ainsi il a traité de nombreux sujets tels que les flux migratoires, la pollution de l’air à Pékin, le langage corporel, la position des étoiles. Dans l’œuvre ci-dessous il effectue une analyse des peintures de Jackson Pollok et Lee Krasner en associant une couleur à chaque note et sonorité.

La sculpture

Une sculpture représente toujours un élément figuratif ou abstrait.  C’est pourquoi des sculpteurs participent aussi à cet engouement pour la représentation graphique des données. L’excellent Studio ANF basé à Berlin dénote un savoir-faire sans pareil en la matière. A titre d’exemple en se basant sur les données issues de Google Finance ils sont parvenus à créer Indizes (ci-dessous). Il s’agit d’une représentation graphique (en volume) des indices S et P 500 du Dow Jones Industrial et du NASDAQ de janvier à novembre 2008.

anfischer_indizes_2Crédit photo : Studio ANF

La bande-dessinée

La bande-dessinée est un art séquencé. C’est-à-dire qu’il s’agit d’un enchaînement de séquences (en l’occurrence, ici ce sont des cases). Prises une à une ces séquences n’ont que peu d’intérêt mais réunies elles forment une narration dans laquelle le lecteur peut se projeter. Il est là le point commun entre la bande-dessinée et la data visualisation! En data visualisation un graphique permet de comprendre aisément un ensemble de données mais un enchaînement de graphiques permet de construire une narration : c’est le data storytelling! Le data storytelling est l’art et la manière d’apporter une compréhension efficace des données tout en transportant votre auditoire avec un récit captivant. Benjamin Bach (Université Édimbourg), Zezong Wang (Université Édimbourg) , Nathalie Henry Riche ( Microsoft Research), Matteo Farinella (Université de Columbia), Dave Murray-Rust (Université Édimbourg), Sheelagh Carpendale (Université de Calgary), Hanspeter Pfister (Université Harvard) se sont unis afin de faire naître datacomics.net. Ce site a pour vocation de présenter les BD usant des données comme base de leurs narrations. Tous partagent la même passion pour le data storytelling. Certains d'entre-eux ont même mis en commun leurs réflexions sur l’importance de ce dernier, et bien entendu tout cela sous la forme d’une bande-dessinée. Chez Powerslide l’écologie est l’une de nos priorités c’est tout naturellement que cette bande-dessinée de Susie Cagle nous a interpellé. On vous laisse la découvrir en cliquant sur cette vignette.

bd

L’art est un bien vaste domaine que l’on ne saurait décrire dans son ensemble, ainsi se clôt cet article. Chacune des œuvres qui vous ont été présentées traite des données de façon esthétique et originale. Cependant, elles maintiennent toutes l’essence de la data visualisation. Elles prennent des données brutes et apportent une compréhension certaine de ces dernières. Aussi, le data storytelling reste le fer de lance de leurs créations qu’elles soient sonores ou visuelles.